La formulation de l'intention de faire le pèlerinage par une personne qui n'en a pas la capacité : perspective juridique

9-6-2026 | IslamWeb

Question:

J'ai lu une publication sur Facebook appelant les personnes qui n'ont pas eu la possibilité d'accomplir le pèlerinage (Hajj) cette année à formuler l'intention du pèlerinage malgré tout.
Le simple fait de prononcer l'intention du pèlerinage alors qu'on n'en a pas la capacité, ou sans même partir pour l'accomplir, est-il permis ?
Voici le contenu de ladite publication : « Formulez l'intention du pèlerinage même si vous n'en avez pas les moyens, car vous serez rétribués selon vos intentions. Quiconque en est privé par une excuse valable ne sera pas privé par Allah de la récompense. (Ô Allah, j'ai l'intention de me sacraliser pour le pèlerinage et la Oumra, visant à orienter mon âme vers La Mecque la honorée et Médine la lumineuse. Ô Allah, une excuse m'a retenu et j'ai perdu la capacité d'y aller, ne me prive donc pas de la récompense de mon intention ni de la rétribution). Ô Allah, je me suis tourné vers Toi avec la sincérité de mon intention, la pureté de mon but, l'ardeur de mon cÅ“ur et de ma demande, ne me prive pas de la récompense, Ô Toi le Meilleur de ceux que l'on sollicite et le Plus Généreux de ceux qui donnent. Ô Allah, inscris-moi parmi les pèlerins de Ta Maison Sacrée pour cette année. Ils ont cheminé vers Toi avec leurs corps, et je suis venu à Toi avec mon âme, mon intention, mon cÅ“ur et tous mes sens, en quête de Ton agrément ; associe-moi donc à eux par mon intention, et inscris-moi avec eux par mes bonnes Å“uvres, Ô Allah. Ô Allah, j'ai formulé l'intention du pèlerinage par mon cÅ“ur, mon âme et par nostalgie envers Toi. Je demande à Allah l'Immense, Seigneur du Trône Immense, de nous accorder ainsi qu'à vous un pèlerinage agréé (Hajj Mabrour) et des péchés pardonnés, Amine Ô Seigneur. Labbayka Allâhoumma Labbayk (Me voici, Ô Allah, me voici), même si je ne suis pas autour de la Kaaba parmi ceux qui accomplissent les circonvolutions (Tawaf). Labbayk, même si je ne suis pas entre Safa et Marwah parmi ceux qui accomplissent la procession (Sa'î). Labbayk, même si je ne suis pas à Arafat parmi ceux qui s'y tiennent (Wouqouf). Labbayk, même si je ne suis pas vers Mouzdalifah parmi ceux qui s'y pressent. Labbayk, même si je ne suis pas à Mina parmi ceux qui lapident les stèles. Labbayka Allâhoumma Labbayk, Labbayka lâ charîka laka Labbayk, innal-hamda wan-ni'mata laka wal-moulk, lâ charîka lak. »

Réponse:

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Il apparaît que le simple fait de prononcer textuellement l'intention d'entrer en état de sacralisation pour le pèlerinage sans en avoir la capacité, ou sans une réelle résolution de partir pour l'accomplir, fait craindre que son auteur n'entre dans le domaine de l'innovation religieuse (Bida'a). En effet, une telle pratique n'était pas d'usage chez les Compagnons, les Successeurs (Tabi'ines) ni chez ceux qui leur ont succédé. La formulation de la sacralisation et les autres rites du pèlerinage sont exclusivement réservés à celui qui a l'intention réelle d'accomplir le rite, à l'exclusion de tout autre.


Zakaria al-Ansari a déclaré dans Asnâ al-Matâlib : « Que celui qui désire accomplir le rite formule l'intention de la sacralisation (Ihram) pour ce qu'il souhaite accomplir », qu'il s'agisse du pèlerinage (Hajj), de la Oumra, des deux à la fois, ou de ce qui convient à l'un d'eux. » Fin de citation.


De plus, le fait de formuler l'intention de sacralisation fait entrer l'individu en état de sacralisation (Ihram), ce qui lui impose d'éviter les interdits liés à cet état et l'oblige à mener le rite à son terme, sauf en cas de force majeure (Ihsâr) ou d'empêchement majeur.


En revanche, le fait de nourrir dans son cœur une résolution sincère d'accomplir l'obligation du pèlerinage dès que l'on en aura la capacité, tout en manifestant une profonde nostalgie et en vivant spirituellement les rites par le sentiment et l'émotion, est une chose tout à fait légitime pour le musulman. Il lui est permis de souhaiter faire le bien et d'être résolu à l'accomplir dès que la capacité se présentera. Les textes de la législation islamique démontrent en effet que lorsqu'un musulman a l'intention de faire une bonne œuvre et qu'Allah sait la sincérité de son intention, mais qu'il se trouve incapable de l'accomplir par manque de moyens ou en raison d'un obstacle, la récompense de ce qu'il a eu l'intention de faire lui est inscrite, bien que cela ne le dispense pas d'accomplir le pèlerinage obligatoire de l'Islam (lorsqu'il en aura les moyens).


Parmi ces textes, figure ce qu'a rapporté At-Tirmidhi d'après Abou Kabshah al-Anmari, qui a entendu le Messager d'Allah () dire : «Ce bas-monde appartient à quatre types de personnes : un fidèle à qui Allah a accordé des biens et de la science, qui craint son Seigneur à travers cela, préserve ses liens de parenté et reconnaît le droit d'Allah sur ses biens : celui-là occupe la meilleure des positions. Et un fidèle à qui Allah a accordé de la science mais pas de biens, qui est sincère dans son intention et dit : "Si j'avais des biens, j'agirais comme untel". Il est rétribué selon son intention, et leur récompense est équivalente... »
Ce hadith montre que la personne pauvre et sincère dans son intention, qui n'a pas pu accomplir les mêmes œuvres que le riche, obtient une récompense équivalente à la sienne en raison de sa bonne intention et de sa ferme résolution d'agir de la même manière s'il en avait eu la capacité.
Un autre exemple est ce qu'a rapporté Al-Boukhari d'après Anas ibn Malik (qu'Allah soit satisfait de lui) : « Lorsque le Messager d'Allah () revint de la bataille de Tabouk et qu'il approcha de Médine, il dit : "Il y a à Médine des gens qui, à chaque fois que vous avez marché ou que vous avez traversé une vallée, étaient avec vous". Les Compagnons dirent : "Ô Messager d'Allah, alors qu'ils sont à Médine ?" Il répondit : "Alors qu'ils sont à Médine, retenus par une excuse valable". »
Dans ce hadith, le Prophète () a attribué aux personnes incapables et excusées une récompense semblable à celle des combattants actifs, en raison de leur désir ardent de participer au combat si ce n'était cet empêchement.


Ibn Taymiyyah a écrit dans Majmou' al-Fatawa : « Celui qui est animé d'une volonté ferme tout en accomplissant ce qui est en son pouvoir est considéré au même titre que celui qui accomplit pleinement l'action, même s'il n'est ni un guide ni un prêcheur... » [Puis il s'est appuyé sur ce qui] est authentiquement établi d'après le Prophète () lorsqu'il a dit lors de la bataille de Tabouk : « Il y a à Médine des hommes qui, à chaque fois que vous avez marché ou que vous avez traversé une vallée, étaient avec vous. Ils dirent : Alors qu'ils sont à Médine ? Il répondit : Alors qu'ils sont à Médine, retenus par une excuse valable ». Il a ainsi informé que celui qui est resté assis à Médine, uniquement retenu par une excuse, est semblable à ceux qui étaient présents lors de cette expédition. Or, il est bien connu que parmi ceux qui ont participé à l'expédition, chacun est rétribué à la hauteur de son intention ; il en va donc de même pour ceux qui sont restés assis, uniquement retenus par une excuse. Fin de citation (avec de légères adaptations).


Et Allah sait mieux.

www.islamweb.net