Une épouse souhaite acheter une maison au moyen d’un prêt bancaire à intérêt (ribâ) financé par ses propres ressources, et elle est pleinement déterminée à le faire. Son mari, quant à lui, considère les prêts usuraires comme illicites en Islam et rejette catégoriquement cette opération. Il a clairement exposé à son épouse la position de la religion à ce sujet et l’a conseillée de ne pas s’y engager.
Le mari ne participera à cette opération d’aucune manière : il ne signera pas le contrat de prêt, n'interviendra pas en qualité de garant, ne paiera aucune partie des échéances ni des intérêts, directement ou indirectement. Il ne détiendra aucune part de propriété dans la maison et ne participera pas non plus à son financement.
Cependant, il craint que, si son épouse achète cette maison et qu’il refuse d’y habiter avec elle, cela ne perturbe leur vie conjugale ou n’entraîne la désunion de la famille. Il pourrait donc être amené à vivre avec son épouse et ses enfants dans cette maison, uniquement parce qu’elle constitue le foyer familial, afin de préserver l’unité de la famille, et non par approbation de cette transaction usuraire ou par participation à celle-ci.
Par ailleurs, le fait d’habiter dans cette maison pourrait l’amener à prendre en charge certaines dépenses habituelles liées à la vie quotidienne ou à des réparations ponctuelles nécessaires au logement, sans que cela n’ait le moindre lien avec le remboursement du prêt, de ses intérêts ou de ses frais de financement.
Nous vous demandons donc de bien vouloir préciser le jugement religieux concernant les points suivants :
• Le mari commet-il un péché si son épouse contracte un prêt usuraire, alors même qu’il s’y est opposé et n’y participe d’aucune manière ?
• Lui est-il permis d’habiter dans cette maison et d’en profiter dans le cadre de sa vie familiale, notamment si son épouse refuse de continuer à vivre avec lui dans un logement en location ?
• Le fait qu’il participe à certaines dépenses courantes du foyer ou à des réparations ordinaires de la maison modifie-t-il le jugement précédent ?
Qu’Allah vous récompense et fasse profiter les musulmans de votre science.
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Le mari n’a d’autre obligation que de conseiller son épouse afin qu’elle renonce à cette transaction illicite, de la mettre en garde contre celle-ci et de lui exposer les conséquences du ribâ, aussi bien dans ce monde que dans l’au-delà.
Si, malgré cela, elle persiste dans son choix, elle en assumera seule la responsabilité. Allah, Très-Haut, dit :
« Ô vous qui avez cru ! Vous êtes responsables de vous-mêmes. Celui qui s'égare ne vous nuira pas si vous êtes sur la bonne voie. » (Coran 5/105).
C’est-à-dire : si vous avez accompli votre devoir en ordonnant le bien et en interdisant le mal, mais que l’on ne vous a pas écoutés.
L’imam As-Sa‘dî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit :
« Ce verset ne signifie pas que l’abandon de l’ordre du bien et de l’interdiction du mal ne porte pas préjudice au croyant. En effet, sa bonne guidance ne sera complète que s’il accomplit cette obligation lorsqu’elle lui incombe. En revanche, s’il est incapable de faire cesser le mal par la main ou par la parole et qu’il le réprouve dans son cœur, alors l’égarement des autres ne lui portera aucun préjudice. »
Ainsi, si l’épouse contracte un prêt usuraire et achète une maison grâce à celui-ci, le péché lié à ce prêt repose sur sa propre responsabilité et non sur la maison elle-même. Dès lors, le mari ne commet aucun péché en habitant avec elle dans cette maison, ni en prenant en charge certaines dépenses du foyer, même si certaines d’entre elles concernent des réparations effectuées dans cette habitation.
Et Allah sait mieux.
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