Je travaille dans un laboratoire médical privé. Ce laboratoire pratique ce que l’on appelle la « mise en crédit des analyses » couvertes par l’assurance. Le procédé est le suivant :
Un patient se présente muni d’une prescription d’analyses établie par un médecin donné, et l’accord de la compagnie d’assurance est obtenu pour ces analyses. Toutefois, il se peut que le patient ne souhaite pas effectuer toutes les analyses autorisées. Au lieu de les réaliser, leur valeur est alors portée au crédit du patient dans un registre spécial. Par exemple, si des analyses d’une valeur de 50 dinars ont été autorisées, mais que le patient ne souhaite pas les effectuer, la somme de 50 dinars est inscrite à son crédit.
Par la suite, le patient peut utiliser ce crédit pour effectuer d’autres analyses de son choix, qui ne sont pas nécessairement celles prescrites par le médecin et autorisées par la compagnie d’assurance.
Dans certains cas, le patient demande à l’un de ses proches ou de ses connaissances de se rendre au laboratoire afin d’y effectuer des analyses en utilisant son crédit restant. Les analyses sont donc réalisées au profit d’une autre personne que celle pour laquelle l’autorisation de l’assurance avait été délivrée.
Il arrive également que des analyses soient effectuées pour une personne qui n’est pas l’assuré, en utilisant l’autorisation ou la couverture d’assurance d’une autre personne.
J’ai attiré à plusieurs reprises l’attention du propriétaire du laboratoire sur ces pratiques et lui ai fait savoir qu’elles me mettaient mal à l’aise. Cependant, il n’a pas tenu compte de mes remarques et a continué à procéder de cette manière.
Quel est le jugement religieux concernant ces différentes situations ? M’est-il permis de continuer à travailler dans ce laboratoire et de participer à la réalisation de ces analyses, sachant que je ne suis qu’un employé et que je ne suis ni le propriétaire du laboratoire ni le responsable de ces procédures ?
Si les pratiques susmentionnées sont religieusement interdites, que dois-je faire lorsque le propriétaire du laboratoire ne tient pas compte de mes conseils ? Me recommandez-vous de quitter cet emploi ? Je précise qu’il s’agit pour moi d’un travail complémentaire et non de mon emploi principal ; je peux donc le quitter s’il ne m’est pas permis d’y rester.
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Toutes ces pratiques sont illicites. Elles impliquent de s’approprier injustement les biens d’autrui et de trahir le dépôt confié. Allah, exalté soit-Il, dit :
« Ô vous qui croyez ! Ne vous appropriez pas mutuellement vos biens par des procédés illégitimes, mais seulement par un commerce librement consenti entre vous. » (Coran 4/29)
Il dit également :
« Ô vous qui croyez ! Ne trahissez pas Allah et le Messager, et ne trahissez pas sciemment les dépôts qui vous sont confiés. » (Coran 7/27)
En principe, il n’est pas permis au propriétaire du laboratoire de recourir à ces pratiques, car elles contreviennent aux clauses du contrat conclu avec la compagnie d’assurance. Or, le respect des engagements contractuels est obligatoire, conformément à la parole d’Allah, exalté soit-Il :
« Ô vous qui croyez ! Respectez vos engagements. » (Coran 5/1)
Le Prophète (
) a dit : « Les musulmans sont tenus de respecter les conditions qu’ils ont convenues. » Ce hadith a été rapporté par Al-Boukhârî sous forme suspendue, ainsi que par Abû Dâwûd et At-Tirmidhî, qui l’a qualifié de bon et authentique. Al-Albânî l’a également authentifié.
Al-Qâsim ibn Muhammad a dit : « Je n’ai connu les gens qu’attachés au respect des conditions qu’ils avaient convenues concernant leurs biens et ce qu’ils avaient accordé. » Rapporté par Mâlik dans Al-Muwatta’.
Quant à l’employé du laboratoire, son travail est en lui-même licite. Les activités du laboratoire ne se limitent pas aux pratiques mentionnées : certaines ne portent nullement atteinte aux droits de la compagnie d’assurance et correspondent effectivement à des prestations auxquelles le client a droit.
Par conséquent, nous estimons que l’auteur de la question peut conserver son emploi, tout en continuant à conseiller le propriétaire du laboratoire et à lui rappeler de craindre Allah, exalté soit-Il. Néanmoins, si celui-ci persiste dans ses agissements, il est préférable de cesser de travailler avec lui et de chercher un emploi dans un établissement exempt de pratiques illicites, dont les revenus du propriétaire ne sont pas mêlés à l’illicite.
Et Allah sait mieux.
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